mercredi 14 mai 2008



Une danse m'était réservée. Juste une pour elle et moi. En fait c'était la deuxième. J'avais eu le droit avant à la spéciale dédicace sur "Besoin de rien, envie de toi" où j'étais arrivé en courant puis m'étais laissé glisser sur les genoux à ses pieds. Mais là, on m'avait réservé "Everybody hurts" de REM. La tête sur mon torse, ma main relevant le bas de sa longue robe blanche pour ne pas la salir, nous avons tourné. Plus la chanson avancée, plus nous étions collé. Sans pouvoir se parler, je profitais de ce silence entre nous. Je repensais à nous. Ce "nous" qu'on crée avec l'honnêteté et les confidences. Qu'on crée avec le temps. Sans retenu. Aller vers l'autre en laissant l'autre se faufiler dans ce petit espace qu'on lui accorde. Ce petit espace qui prend pourtant tellement de place dans nos vies. La gorge nouée, les larmes au bord des yeux, j'étais heureux de la voir dans sa robe de mariée. "Everybody hurts. Take comfort in your friends". A la fin de la chanson, nous nous sommes souris sans un mot, en se faisant l'effort de cacher l'émotion.
Après je suis retourné m'assoir avec ma bouteille d'eau gazeuse en profitant de l'instant et en me projetant vers demain. Le sourire retrouvé, je me suis replongé dans la douceur de mon histoire actuel. "Quelquechose vient toujours".

dimanche 4 mai 2008

En descendant la rue de Maubeuge en écoutant le dernier Sporto Kantes.



Il y a dix ans, "La Fout La Honte" était allée à la Fnac demander à un vendeur "l'album avec une fille torse nu mais avec des petits seins qui porte un pendentif "Zizou"". Du Sandra tout crachée. Je me demande si elle a essayé de chanter le tube de l'époque, mais là j'en sais rien.
Après il y a eu quelques remixes dont "J'aime Tonku" de Papillon Paravel et le morceau avec Clémentine Célarié de Charles Schilling "Tengo Nada" et le second album.
Le trosième" Three At Last" je l'ai acheté vendredi avec le Poni Hoax et le Portishead. Oui j'achète encore des disques car tout d'abord j'aime l'idée que mes groupes parisiens pourront faire d'autres albums grâce à moi et secundo pour arrêter de lire des interviews de Portishead pleurant qu'ils sont victimes du téléchargement. Pitié arrêtez les photos de Beth Gibbons. Les mêmes qu'il y a dix ans: le profil droit. D'ailleurs je viens de voir "Rec" j'ai l'impression de la voir sur l'affiche.
Le Portishead, par contre, me fait penser à "Londinium" de Archive sauf que certains morceaux sont assez mauvais. Sonnent vieux sans sonner vintage.
En dehors de ça j'ai ronflé cet après midi sur la berceuse des Télétubbies et il paraît que j'étais trop mignon. Et oui c'est comme ça et pas autrement.

lundi 21 avril 2008

En écoutant "When" de Elysian Fields



J'avais pas hyper chaud, mais la tenue que je portais ce matin allait très bien avec mon sourire. Je remontais la rue de Maubeuge en répétant "allé Camille, allé, allé Camille Sonia, allé". De temps en temps je rigolais en baissant la tête dans son t-shirt violet qu'il m'avait prêté. Comme j'étais beau dans son t-shirt violet avec mon sourire et son parfum. "Mets en plus, il ne tient pas". Toute la journée il m'a été fidèle. Ne m'a pas quitté. Tout comme le sourire: les joues remontées et les lèvres tirées avec quelques irritations provoquées par sa petite barbe de fin de semaine. Le sourire a surmonté au retard, l'attente sur le quai de Gare du Nord, aux deux bus passés sans me prendre, au chauffeur qui s'est perdu, à la dame du bus qui sentait la pisse de la semaine dernière, au boulot et à mon impossible envie de dormir. C'est décidé je ne me lave plus et je ne porte plus que son t-shirt.
Dîtes moi que je suis un peu énervant à vous cracher mon bonheur à la gueule!!! Dîtes le car à votre place je l'aurais déjà fait.

mardi 15 avril 2008

En sortant de "Frère Animal" au Café de la Danse



La musique était forte et mes cheveux blancs s'envolaient à mesure que mes tempes étaient désépaissies. Je regardais mon visage dans la glace: pas la moindre expression. Peut être un trait d'agacement. Je regardais l'importance de mes cheveux blancs et j'ai compris qu'à défaut de devenir père j'allais finir par devenir le mien; je râle déjà.
A midi, j'étais heureux de me sentir en position de force après ma réunion de travail. Depuis un mois et demi, je travaille à la Cilof. La Cilof c'est l'ancien nom du quartier des Coteaux de l'Orge. Les Coteaux de l'Orge c'est plus le nom d'un programme de RU. RU c'est renouvellement urbain. Dans cette nouvelle tache, je dois m'occuper de la commercialisation des logements vacants, non réservés. Cette précision vient du fait qu'en tant que bailleur social, les logements de nos immeubles sont à la disposition de diffèrents contingents. Depuis quelques jours, j'ai compris que le problème de nos logements des années 60 fraîchement réhabilités était qu'ils étaient démodés. Démodés car ils ne correspondent plus à la famille d'aujourd'hui. En effet, le Français, même s'il fait moins d'enfant que dans les années 60, a besoin d'un logement avec suffisamment de place pour accueillir sa famille recomposée. Son loyer il le payera en fonction de ses pensions alimentaires à verser et des revenus du foyer. Si le candidat est seul et veut un droit parental pour recevoir ses enfants, sa demande ne pourra jamais être satisfaite par notre société.
A midi après ma réunion, j'ai accompagné mes collègues au Buffalo Grill. J'ai commandé un pavé saignant avec une sauce roquefort et des frites. En sortant, j'ai réalisé que ça faisait déjà plus de dix ans que j'avais fait ce boulot de serveur durant mes vacances d'été. J'ai aussi repensé à mes horaires, aux 6 kg que j'avais perdu, mon dégoût des frites et des brûlures sur mes mains et mes avant-bras.
En me déshabillant ce soir, j'ai constaté que les brûlures avaient disparues tout comme la perte des six kilogrammes. Dimanche soir avec Nancy, on se disait que j'avais changé. Pas qu'au niveau de mes cheveux, au niveau de l'aisance, des relations, de l'expression des sentiments, de l'assurance.
Au Café de la Danse, le public est venu hyper nombreux et a applaudi comme jamais Arnaud Cathrine, Florent Marchet et leur petite équipe qui ont défendu l'émouvant "Frère Animal", c'est chouette de voir qu'il y a encore des gens qui savent interpréter des textes.

En savourant ce second clip de Ludéal



"Mais t'as plus de trois sourires, tu dis n'importe quoi,". Comment ne pas craquer devant une telle remarque? Je souris tellement, et j'y suis si peu habitué que j'en ai mal aux joues.

lundi 24 mars 2008

En écoutant "Nothing Else" d'Archive



Samedi 22 mars, 11h07 à Poissy
- Vous avez le coffret équipage 2 et ce que je vous propose c'est de prendre cette option pour 19 € l'année qui vous permet un découvert, trois chèques de banque,... , et une assurance vie de 5000 €.
- C'est à dire?
- Vous choisissez un bénéficiaire et si vous deviez être malade, avoir un accident, le bénéficiaire toucherait ces 5000 € qui serait versé sur votre compte. Si la personne n'a pas procuration, on peut le verser sur son compte.
- Mes parents ont déjà une procuration sur mon compte.

Samedi 22 mars, 11h27 à Poissy
- Vous pouvez me donner un nom pour le bénéficiaire?
- Bah, mes parents.
- "Martin", pour le prénom j'écris quoi?
- Paul. 5000 €, toute ma vie j'aurai été cheap.

Samedi 22 mars, de 11h48 à 12h13, RER A "ZEUS..." de Poissy à Auber
Il ferait quoi mes parents de ces 5000 Euros? Rien. Pire ils régleraient des ardoises laissées de tous côtés. Ils déménageraient mes meubles, affaires et CD de Bruller. Je me demande ce qu'ils en feraient des CD, des DVD, des bouquins. Les écouteraient ils, liraient ils pour retrouver mon identité comme un jeu de piste. Le pourquoi il a acheté ça, pourquoi il aimait ça? et nous on aime? C'était quoi le lien entre lui et nous? C'est quoi son leg en dehors de ces 5000 € et de ses affaires à revendre sur Ebay. Ensuite je me suis imaginé louer une voiture chez Adda. Louer une petite voiture confortable à la sortie d'un aéroport. J'aurais insisté au près du loueur pour avoir un lecteur de CD alors que toutes les voitures maintenant ont des lecteurs CD. J'aurais aucun intérêt pour la marque de la voiture ou sa couleur. Par contre le petit sapin à la vanille accroché au rétro me ferait souvenir. Me rappellerait la voiture de la grand mère de Nancy. Je mettrais dans le lecteur l'album de Kora, poserai le livre de légendes peuls sur le siège avant. Mon puzzle d'histoire. Comme dans Toxic Affair, j'aurais ouvert un Atlas des routes de France pour trouver au hasard où allait commencer la suite de mon histoire. Je suis persuadé de tomber sur la Corse. La région d'Ajaccio. J'y ai déjà l'impression d'y avoir beaucoup perdu. Perdu l'insouciance. J'en reviens pas d'avoir toujours peur de le croiser dans Paris. Il y a quinze jours j'ai cru l'apercevoir dans la queue du ciné. Durant dix minutes j'ai paniqué à l'idée de savoir quoi faire: dire bonjour, faire comme si de rien était, un sourire de loin ou fuir. J'ai opté pour dire bonjour. Dieu merci, la silhouette n'était pas la sienne. Il y a une semaine deux de ses amis sont entrés dans le resto où j'ai coutume d'aller. J'ai eu envie de disparaitre, ne pas se parler, ne pas se dire ce qu'on devient et finir par apprendre ce qu'il devient. On ne sait jamais quand les histoires se terminent ou commencent, on ne sait pas non plus si les fils sont rompus pour être repris. J'en ai assez de ce linge sale.

Dimanche 23 mars, dimanche de Paques, 11h54, Poissy chez mes parents.
- Sur internet, j'ai retrouvé la trace de mon oncle et de sa division. J'ai un rendez vous avec un des anciens de la division Leclerc à laquelle il appartenait. J'ai déjà son parcours d'Afrique en Angleterre, puis de la Normandie à la libération de Paris, puis le chemin jusqu'à Starsbourg.
- c'est génial, t'as rendez vous où?
- dans le 15e, chez les Anciens Combattants. Il va me montrer des photos.
- mais c'est vraiment génial, ce serait super d'avoir des photos de lui.
L'oncle de mon père l'a élevé. Après la guerre, ma grand mère Marie Louise, mon père et son grand père on quittait Rodez pour habiter chez l'oncle. L'oncle s'occupait de mon père comme de son fils alors que sa mère oubliait le Tchad, la guerre, ses morts et sa folie en perdant pied dans l'alcool.

Dimanche 23 mars, fin de repas, Poissy chez mes parents.
- C'est qui sur la photo?
- c'est Maéva et Lou.
- et là?
- je sais pas.
- c'est ta mère. Tu as vu Sylvie comme Lou te ressemble sur cette photo.
(...)
- on a que deux photos de Jean Paul. Deux avec sa mère.
(...)
- là c'est tonton, oh les cheveux.
- oui, c'est bien moi. Toujours la constante du problème de coiffure et l'impression que je suis à deux doigts du suicide.
Ce repas de famille j'y arrive pas. Ces derniers temps j'y arrive. Je sens que je rame pour la bonne humeur. Je me sens triste sans trop savoir pourquoi. A table je n'y arrivais pas. Je sentais mes yeux au bord des larmes et mon visage de mort. Impossible d'être agréable. Impossible de faire semblant. Ma langue poussait mes dents sur ma machoire fermée pour rester un minimum digne. Je crois que tout le monde l'a capté. Pourquoi ces dernières semaines je suis obsédé par les origines? Parce que j'ai personne à qui léguer? Parce que je n'ai rien à transmettre?

Dimanche 23 mars, rue du Temple, rue Rambuteau, rue des Archives, rue Pastourelle, rue du Temple, rue Meslay, entre 19h10 et 19h30, en écoutant Ludeal. Je réalise que c'est le week end de Paques et comme c'est Paques je réalise que ça fait trois ans que Thierry m'a quitté. Putain déjà. Et pourquoi j'y repense? parce que j'ai un agenda dans la tête? Parce qu'il a voulu me rendre le reste de l'oeuf en chocolat que je lui avais offert? Non en fait, j'y ai repensé car j'aimais lui offrir un oeuf en chocolat à Paques car il était touche comme un enfant. Et que lorsque lui était touché, moi j'étais ému et je savais pourquoi je l'aimais. Il gardait dans un bol de cafetière tous les jouets des oeufs Kinder que j'achetais et avais dit un jour "je rêve que des enfants viennent me voir et pouvoir sortir mes jouets kinder pour les voir jouer avec". Je crois qu'après ce week end de Paques d'il y a trois ans, le contenu du bol a été jeté.

samedi 22 mars 2008

En écoutant Adam Green "Sixes and Seven", je sors de mes rêves, déjà loin, déjà oubliés.



"Il fallut quelque temps au psychanalyste pour remarquer une chose singulière, inquiétante. Entre deux regards, quand personne ne faisait attention à elle, son visage se relâchait, se défaisait, mourait" de Michel Schneider.

- Je peux vous aider Monsieur?
- Si vous travaillez ici certainement.
- Vous recherchez quoi?
- J'ai besoin de quoi d'après vous?
- Vous voulez que je sois honnête?
- Faites moi mal, si je dois partir en pleurant vous aurez la satisfaction que j'achèterai quelque chose.
- Vous étiez venu pour quoi?
- un gel pour cheveux et je l'ai trouvé.
(...)
- Vous avez une peau mixte avec une tendance grasse sur la médiane, comme moi. C'est pas grâve mais croyant en ma génétique, c'est une peau qui vieillit mal, mais quand elle tombe, c'est du jour au lendemain. Je vous conseille ça.
- C'est cher, je préfère mon glissement de terrain, de toute façon ça doit arriver.
- Et le shampoing?
- "ralenti la chute des cheveux", c'est bon de ce côté là j'ai pas de problemes.
- vous allez attendre qu'il soit trop tard.
- si je fais comme vous et que j'en crois ma génétique, ça devrait tenir.
- Ecoutez, aujourd'hui vous n'avez pas le moral, vous vous êtes dit "et si je me faisais plaisir", laissez vous aller.
- Mais je suis pas déprimé, c'est mon glissement de terrain qui donne cette impression. Je vais prendre le kit rasage. Merci.
- C'est moi qui vous remercie et surtout continuez à sourire.

Je voulais juste acheter une crème miracle pour faire honneur à Nancy pour son vernissage. Juste ça. J'avais peut être aussi comme objectif d'adoucir ma peau trop épaisse. De retirer quelques minimètres pour le rendre sensible. Oui soyons franc, je voulais être plus réceptif aux caresses et aux baisers. Echapper à l'aspect rigide familial. Un corps dure, comme celui des morts. La tête haute, peu de sourire entre deux prises.
Dans ma famille on ne prend pas de photos. J'aimerais un portrait de mes parents ,ma soeur et moi pour transmettre notre filiation. Notre phénotype. J'ai souvenir d'une photo de nous quatre pour mes dix huit ans. Souriants et heureux. Ma soeur portait une robe en vichy bleu que ma mère lui avait faite. Moi une chemise blanche "Yamamoto invité de la saison" acheté en VPC. Je crois qu'au milieu de la table on voit une pièce montée.

"Embellir son corps est pour elle le principal moyen d'acquérir une certaine stabilité et de donner un sens à sa vie. J'ai essayé de lui dire que, selon mon expérience, les femmes vraiment belles ne le sont pas tout le temps. A certains moments, sous certains angles elles sont banales, laides. Et c'est cela la beauté, pas un état, un passage." de Michel Schneider.